Sous la cagoule : la liberté de torture
(Cliquez ici pour le résumé et la bande annonce)

(Source : moncinema.cyberpresse.ca – Anabelle Nicoud, La Presse – le jeudi 6 novembre 2008)

Plus qu’un réquisitoire contre la torture, Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture se penche sur la légalisation de «la question» depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ou comment du Guatemala à Guantánamo, la torture tend à devenir la poursuite de la politique étrangère américaine, par d’autres moyens.

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Documentaire ambitieux et très bien documenté, Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture donne la parole aux suppliciés de Guantánamo, de l’Argentine et du Guatemala, ainsi qu’à ceux, qui, du côté de l’armée ou de l’administration, ont été les témoins de ces pratiques d’un autre temps.

On retiendra surtout le témoignage d’un jeune français qui s’est retrouvé en Afghanistan un peu par hasard. Non sans naïveté, il raconte comment, en janvier 2001, il a atterrit dans un camp d’entraînement sans parler un mot d’arabe, ou comment, en septembre, il a vu Oussama ben Laden.

De ses séances de torture et de tests de médicaments qu’il subi à Guantánamo, il dit: « C’est la panique, la terreur. » Il en ressort quelques années plus tard, pour être finalement jugé et relâché par la justice française. Le voilà traumatisé et brisé.

Patricio Henriquez fait habilement coïncider les témoignages des victimes et témoins de la torture avec la légalisation et les tentatives de légitimation qui l’accompagnent, le mépris des services gouvernementaux pour la Convention de Genève ou la Convention contre la torture.

cagoule04À ceux qui diraient qu’il s’agit, pour l’Irak et pour l’Afghanistan, d’actes isolés, Henriquez répond par l’exemple, citant le Guatemala, l’Argentine, et les victimes que la torture a faits. À ceux qui blâmeraient exclusivement les États-Unis, Henriquez oppose la responsabilité des pays membres de l’OTAN qui ont, d’une façon ou d’une autre, collaboré avec les États-Unis dans le transport de prisonniers illégaux.

À ceux, enfin, qui diraient que la fin justifie les moyens, Patricio Henriquez rappelle qu’une grande partie des détenus de Guantánamo ont été renvoyés chez eux, blanchis, une lettre d’excuse sous le bras, traumatisés par les humiliations systématiques dont ils ont été les victimes.

La démonstration est simple et implacable. Patricio Henriquez ne livre cependant pas un brûlot anti-Bush ou antiaméricain. Parce qu’il insiste sur l’aspect institutionnel de la pratique de la torture, le documentaire d’Henriquez reste d’actualité :  il faudra plus qu’une alternance politique, si spectaculaire soit-elle, pour enrayer des pratiques profondément enracinées dans la politique étrangères de la plus grande puissance du monde.

Documentaire de Patricio Henriquez – ONF – 1h47.